Programme du colloque Transcript: résumés

« TRANSCRIPT », « Cartes mentales » : entre transcription mémorielle et projection symbolique

Barbara TVERSKY

Keynote première journée
La pensée spatiale est le fondement de la pensée

Tous les êtres vivants doivent se déplacer et agir dans l’espace pour survivre ; même les plantes, enracinées dans le sol, doivent se tourner vers le soleil, loin du vent. Chez l’homme, la même infrastructure cérébrale qui sous-tend les lieux dans l’espace et l’espace réel sous-tend également les événements dans les espaces temporels, les personnes dans les espaces sociaux, les idées dans les espaces conceptuels. Les gestes, les graphiques et le langage apportent un soutien supplémentaire. Nos mains agissent sur les idées comme si elles agissaient sur des objets, formant des gestes qui facilitent notre propre réflexion et celle des autres. Les graphiques capturent les gestes sur une page. Parce qu’ils utilisent des actions ou des éléments dans l’espace pour exprimer la pensée, ils la cartographient plus directement que le langage purement symbolique. Les mots expriment cette cartographie : nous exprimons des idées, les retournons, les déconstruisons, les rassemblons. Notre esprit va d’une pensée à l’autre comme nos pieds vont d’un endroit à l’autre, le long de chemins qui sont des relations entre les pensées.

Simon LHUILLIER, Valérie GYSELINCK, Serge NICOLAS

Approche intégrée et constructiviste des représentations spatiales en mémoire : les dépenses énergétiques anticipées modulent les propriétés métriques

Les approches incarnées et situées de la cognition considèrent la perception comme un processus de catégorisation de l’information spatiale sous forme de possibilités d’action (Coello & Delevoye-Turrell, 2007). Il a notamment été proposé dans le cadre d’une approche « action-specific » (Proffitt, 2006) que l’anticipation de la dépense énergétique associée à la locomotion était intégrée à la perception visuelle des distances (White, Shockley & Riley, 2013 ; Witt, Linkenauger & Wickens, 2016). Bien que la généralisation de ces résultats à des situations plus écologiques soit discutée (Firestone & Scholl, 2014), ces travaux interrogent sur la construction des représentations (Barsalou, 2008) et leur mémoire. Deux études ont été réalisées afin d’explorer les mécanismes participant à l’intégration d’informations sensorimotrices dans la construction et la mémoire de représentations spatiales. Dans une première étude dans laquelle les participants devaient apprendre des environnements virtuels, la perception d’effort de marche des participants a été modifiée à l’aide de poids lestés aux chevilles. Dans une seconde étude, une transgression de la synchronie entre effort visuellement anticipé et physiquement expérimenté a été introduite par le biais de l’utilisation de la réalité virtuelle. Les résultats montrent que l’ajout d’effort supplémentaire ou la transgression des attentes proprioceptives au cours de l’apprentissage par navigation modulent spécifiquement les propriétés métriques de la représentation spatiale en mémoire. Ces résultats constituent des arguments supplémentaires en faveur d’une approche intégrative combinant les théories du codage prédictif (Friston, 2012) et les modèles incarnés et situés de la représentation spatiale (Tversky, 2003).

Laura Sofia MARTINEZ AGUDELO

Représentations sociocognitives de l’espace : dispositifs de visite et parcours en ligne

Dans le domaine des Sciences de l’information et de la communication, l’espace est compris en tant que langage et représentation. Il possède et intègre également une partie d’inconscient. L’étude des logiques et des structures de cet inconscient permet l’élaboration d’une rationalité de ses formes et d’autres modes d’intelligibilité. Ces configurations rendent compte des processus d’externalisation des représentations de l’espace. S’orienter et se déplacer font partie d’une syntaxe qui se transforme et s’articule à de nouvelles cognitions spatiales. Ces transformations amènent à interroger la co- construction du territoire. Notamment, l’analyse de dispositifs de visite en ligne (applications mobiles pour redécouvrir l’espace urbain, parcours de médiation sur StoryMaps), et de leurs usages, permet un repérage des connaissances du territoire. La carte est étudiée comme un support logique donnant une lecture des espaces et de ses relations. Le lieu, en tant que dispositif socio-symbolique, devient un lien dans un réseau où l’information contient le territoire et lui-même évolue par les pratiques du numérique. En outre, la mise en mots des espaces parcourus s’articule à l’identification des types d’appropriations des lieux et le visuel du territoire devient la conséquence des pratiques sémiotiques médiées. L’étude de dispositifs de visite en ligne contribue ainsi à requalifier l’espace perçu et les outils numériques semblent actualiser et diversifier la notion de médiation et de mémoire des lieux. Le processus de navigation construit un domaine spatio-temporel de sens et les interfaces permettent une médiation vers la compréhension de nouvelles projections de et dans l’espace pluriel de la ville.

Sophie MARIANI-ROUSSET

Projection d’un cinéma interne

Dedans / dehors : comment passer d’une (plus ou moins) forme interne à une représentation externe ? La psychologie y fait référence en parlant d’objets internes et externes, d’introjection et de projection. Elle dit également que les mots donnent forme à l’espace du dedans et autorisent l’accès à l’altérité. Classer, ranger, fixer les informations permet – à l’image de l’évolution de l’humanité, effective grâce au langage – de garder en mémoire les expériences humaines antérieures et de continuer à se représenter le monde tout en en parfaisant sa connaissance. Le langage est le grenier des expériences passées où l’on va puiser pour créer de nouvelles idées. L’ex/pression (graphique ou verbale) donne la possibilité de faire sortir symboliquement quelque chose de soi pour le présenter à l’extérieur – que ce soit une production imagée (souvenir, art) ou une idée. Une première étape peut donc consister à poser l’une ou l’autre sur un espace blanc, prémices d’une parole ou d’un discours plus élaboré à venir – par un schéma heuristique libérant et organisant les idées (mind map : Buzan, 2008…), ou par une représentation physique (cognitive map : Lynch, 1976 ; Downs et Stea, 1977) idéalement complétée par un discours – comme dans les tests psychologiques (du village, de la famille…) ou le dessin réflexif (Molinié, 2010). Je me propose de parler des cartes mentales dans cet abord méthodologique psychologique et linguistique, en montrant que l’ensemble mène à une autonoèse (Tulving, 1985) – l’ « objet » spatial ramenant à une perception temporelle et une conscience de soi.

Özge DERMAN

Cartographie d’une occupation: une déclaration exprimée graphiquement

Cet article propose une analyse sociologique d’une expérience performative de la cartographie dans le mouvement New York’s Occupy Wall Street (OWS) en 2011. Un graphiste a créé une œuvre faisant référence à la déclaration d’OWS, qui a été transformée en un rendu graphique original grâce à un processus participatif dans l’espace occupé du parc Zuccotti.
La « carte mentale » de Rachel s’est produite comme une réponse graphique à la question inexplorée de ce qu’était Occupy à ce moment particulier, dans la mesure où elle visualisait les connexions des griefs de personnes inconnues qui résistaient dans le même mouvement. La « liste des griefs » rendue graphiquement a redoublé la transition continue entre les idées et l’espace vécu tridimensionnel, et la surface plane bidimensionnelle de la cartographie graphique et l’a fait à travers la pratique performative. Le contenu de la carte, la cartographie et la lecture de la carte sont susceptibles de changement et d’interprétation ainsi que de maintenir une certaine utilité politique et sociale (Lefebvre 1974) et d’instaurer des relations de pouvoir (Schechner 2002). À cet égard, la question est de savoir de quelle manière cette cartographie collective-performative a incarné et transcrit l’interconnexion entre le ou les espace-temps perçus, conçus et vécus (Lefebvre 1974, Harvey 2005) au sein de l’espace occupé d’OWS. En réponse à cette question, une approche relationnelle en méthodologie sera adoptée en considérant que les espaces émergents avec l’arrangement relationnel des êtres vivants et des objets (Löw 2016) à travers l’action, y compris un entretien semi-structuré avec l’artiste.

Pierre DIAS

La dimension sociale des cartes mentales : Vers la notion de représentation socio-spatiale

Le paradigme des cognitions spatiales développe simultanément l’étude des représentations (images) et de leurs processus de construction (jugements). Il est admis que la carte mentale s’élabore depuis la signification attribuée aux lieux (Evans, 1980), ce qui en fait une représentation spatiale (symbolique). De plus, il n’existe pas de rapport à l’espace géographique commun à tous les individus de sorte universelle. De fait, la représentation spatiale devrait aussi être sociale (Jodelet, 1982), c’est-à-dire dépendante de la nature des relations entre groupes sociaux. Autrement dit, nous faisons l’hypothèse que la carte mentale est à appréhender comme une représentation socio-spatiale qui dépend de la complexité des positions sociales des individus et qui participe aux dynamiques sociales. Un questionnaire est réalisé auprès de 681 fonctionnaires de l’Université de Strasbourg. Les cartes mentales de la ville sont recueillies par évocations hiérarchisées et caractérisées par des échelles de Likert permettant de connaitre leur dimension évaluative ou fonctionnelle. Une CAH sur les évocations montre que les cartes mentales sont en lien avec les positions sociales des individus : la représentation spatiale est évaluative (organisée sur le physique des lieux) quand la personne occupe une position élevée ; et fonctionnelle (commodités des lieux) quand sa position sociale est plus modeste.
Ces résultats montrent la pertinence d’aborder les cartes mentales comme des représentations symboliques où la dimension sociale participe fortement à leur construction. Au-delà de l’aspect topologique des cartes mentales, il est nécessaire de les considérer comme de réelles.

Thierry RAMADIER

Quelques effets sociaux sur le relevé des représentations spatiales avec le dessin à main levée

De nombreuses recherches montrent que les individus des classes populaires mentionnent moins d’éléments dans leur carte mentale que les autres groupes sociaux. Dans la lignée des travaux sur les difficultés des personnes peu qualifiées à dessiner (Pailhous et Vergnaud, 1989 ; Baldy et al, 1992), Nous montrerons que ces résultats sont en partie liés à la technique la plus employée pour relever les représentations spatiales. Pour cela, nous avons comparé le dessin à main levée à une technique de modélisation spatiale (Ramadier et Bronner, 2006), le jeu de reconstruction spatiale (JRS), comprenant un plateau et huit pièces standardisées. L’hypothèse consiste à vérifier si les différences évoquées s’estompent quand la méthode ne repose plus sur le dessin à main levée, c’est-à-dire sur une tâche de type papier/crayon. Trente étudiants et vingt et un employés des services d’entretien de l’université ont exprimé leur représentation spatiale du centre-ville de Strasbourg à l’aide d’un dessin et du JRS. Les résultats montrent que la différence entre les groupes sur le nombre d’éléments mentionnés est effectivement moins importante avec le JRS. De plus, lorsque la seconde passation du recueil s’effectue avec le JRS, les deux groupes sociaux augmentent leur nombre d’éléments urbains dans les mêmes proportions, ce qu’on ne constate pas avec le dessin. Enfin, paradoxalement, le JRS est plus apprécié par les étudiants, qui transcrivent le langage et les motifs cartographiques auxquels ils se réfèrent plus facilement. En revanche, le JRS est plus suggestif que le dessin, surtout pour les éléments les plus rarement représentés.

Tania GRANADA and Thomas GÖRNE

Les cartographies comme outil artistique dans le spectacle vivant

Le projet « Mapping : Sonic Correspondence » explore les possibilités de cartographie dans les médias basés sur le temps. Il présente dans une interface web la correspondance audio de six mois entre les artistes Sara Fernández et Tania Granada, alors qu’elles se trouvent sur deux continents différents. Les deux participants sont en mesure de réaliser en direct une cartographie cognitive sous la forme d’une pièce audiovisuelle constituée d’éléments d’imagerie cartographique, de sons liés au site et de traitement du son. Tout en essayant de représenter des lieux géographiques existants, cette cartographie vise également à exprimer l’interaction en direct des interprètes dans l’espace de représentation tout en décrivant simultanément leur distance physique. À partir de lieux éloignés, un dialogue audiovisuel est établi pour expérimenter les possibilités créatives et narratives de la cartographie. Nous considérons cette pratique non seulement comme un acte d’exploration et de compréhension du monde, mais aussi comme un acte ayant le potentiel de créer un nouveau sens du lieu, qui, comme tout autre, est en constante évolution dans le temps.

Hélio FERVENZA

Formes de la présentation : transcriptions et non-transcriptions de parcours et de cartes mentales dans quelques propositions conceptualistes

On constante un intérêt particulier par l’acte de marcher dans différentes propositions artistiques liées aux courants conceptualistes des années 1960 et 1970. Dans ces propositions, élaborées par des artistes tels que On Kawara, Cildo Meireles et Isidoro Valcárcel Medina, les parcours réalisés dans la ville ou dans la nature constituent une activité artistique en soi, qu’elle soit transcrite ou pas. D’autres artistes encore, tels que Edgardo Antonio Vigo, Stanley Brouwn et Luiz Alphonsus, ont invité d’autres personnes à réaliser des déplacements, à les représenter sous la forme de dessins ou à les mémoriser sous forme de cartes mentales. Ils ont tous aussi développé des conceptions et des approches différentes de l’utilisation ou de la non-utilisation des cartes mentales, des enregistrements et des transcriptions des parcours dans l’élaboration d’une poétique. Ainsi, les formes de la présentation des travaux analysés semblent configurer et articuler les éléments constitutifs impliqués, tels que: le jeu entre la présence et l’absence des transcriptions; la non-utilisation de la transcription comme une façon de mettre l’accent sur la mémoire de chacun, sur les connexions associatives internes et personnelles et sur l’imaginaire; ou l’utilisation délibérée d’outils, méthodes ou enregistrements produisant des informations partielles. Cette étude se concentre donc sur la constitution des langages artistiques de ces propositions qui se penchent sur l’expérience du parcours et qui, de manières différentes, font émerger les enjeux de la représentation de l’espace et de l’espace de représentation.

Clémence LONJON

Voir ce qui échappe au regard – images a-subjectives de l’espace vécu

Les métissages entre art et activité cartographique sont depuis de nombreuses années l’objet d’un dialogue théorique et expographique qui a traité la carte comme un signe indexical, et le mapping comme un acte de création. Bien qu’elle puisse être un support de médiation et parfois même un objet transitionnel1, ses techniques d’élaboration ou ses opérations2 sont bien souvent soustraites au regard. Si le récit de vie spatialisé 3 (Bouchra Khalili) ou encore le croquis cartographique (Till Roeskens) réalisent la médiation sensible de l’espace vécue, les actes d’objectivations — les actes du faire4 — en sont souvent absents.
Je me propose d’interroger le vocabulaire de la transcription en m’appuyant sur les dispositifs et outils créés lors de mes recherches de terrain (Récit(s) de la tour Plein ciel) et le travail cartographique réalisé par les collaborateurs·trice·s de Fernand Deligny dans les Cévennes. J’analyserai le langage du tracé, celui du·la témoin qui se pli au jeu de la remémoration et celui de l’observateur·trice, qui, par le jeu de la transcription, rend compte des relations qu’entretiennent espace et individu. Comment, lorsque les «?lignes pressées »5 des gestes techniques s’affranchissent de la géométrie et du dessin, rendre compte des «?lignes de mouvements?»6 et des gestes d’usages?? Avec quels moyens, outils et procédés le·la notateur·trice7?renseigne-t-il les étapes de cette re-construction spatiale, et bien plus encore, la contemporanéité du geste et de la remémoration ?

Michel DENIS

Keynote deuxième journée

La cognition spatiale : Espaces perçus, parcourus, représentés


Que connaissons-nous de l’espace ? Dans cette présentation, nous examinerons d’abord la notion même de « connaissance de l’espace » lorsqu’elle concerne les experts dont la pratique professionnelle est justement de décrire l’espace, de le mesurer, de le cartographier, de l’aménager, mais aussi de concevoir des systèmes permettant à chacun d’y naviguer en sécurité. En réalité, nous sommes tous, dans notre vie quotidienne, des « praticiens de l’espace », à travers une gamme de conduites qui nous permettent de l’explorer et d’en construire des représentations mentales. Ces représentations, nous les conservons en mémoire pour notre propre usage, mais nous les utilisons aussi pour aider autrui, sous forme de croquis ou à l’aide du langage, à créer de nouveaux chemins dans des environnements peu familiers. C’est ici qu’intervient la démarche des chercheurs dont l’objectif est de comprendre le fonctionnement de l’esprit humain confronté à l’espace, tel qu’il se traduit par des comportements adaptés et tel qu’il est porté par l’activité cérébrale. Nous passerons en revue les actes cognitifs les plus courants de « l’homme spatial », en évaluant leur efficience, mais aussi en détectant les distorsions qui les affectent. Nous nous interrogerons enfin sur l’étendue, tout autant que sur les limites, des technologies spatiales et sur la dépendance grandissante des individus à l’égard des systèmes d’aide à la navigation.

Kevin CLEMENTI

Cartes mentales, discours et mémoire collective : le concept de position pour étudier les inscriptions spatiales de la mémoire

L’ancrage spatial de la mémoire collective est souligné dès les travaux pionniers de Maurice Halbwachs (1925, 1950), qui se détachent du physicalisme et qui reconnaissent l’importance de la dimension symbolique dans le rapport des individus à l’espace. Bien que Halbwachs montre déjà cet ancrage empiriquement dans son étude sur la Terre Sainte (1941), l’approche psychosociologique et la cartographie mentale ont fait leur preuve dans ce domaine (Haas, 2004, Haas & Jodelet, 2007). Avec la volonté de nous insérer dans cette lignée, notre communication sera dédiée au concept de position sémio-spatiale, que nous utilisons pour étudier la frontière étatique dans les cartes mentales des habitants strasbourgeois. Sur le plan théorique, nous fondons notre approche sur les concepts de topos (Hammad, 2013) et de lisibilité sociale (Ramadier & Moser, 1998) : en partant de la méthodologie de la cartographie mentale et en l’associant à des techniques de production et analyse discursive, ce concept nous permet d’approfondir les significations associées à un objet géographique, afin de cerner leur contribution au positionnement de l’élément en question dans la carte cognitive. Au travers d’exemples tirés de notre terrain, nous montrerons que cette méthodologie représente une contribution originale dans le champ de l’étude de la relation entre mémoire collective et représentations socio-spatiales, car elle fait le lien entre la trajectoire sociale des individus et les contenus mémoriels ancrés à un objet spatial : ceci permet de comparer les contenus mémoriaux selon les groupes, et notamment d’identifier les discordances entre mémoires collectives et histoire institutionnalisée (Viaud, 2003).

Cyril ENAULT

Modélisation de la perception collective d’un espace urbain, utilisation de la déformation cartographique comme outil de visualisation, application à l’agglomération dijonnaise

En se basant sur les théories d’A.Moles, nous faisons le postulat que la perception du monde est égocentrée et que cette dernière décroit en intensité, en cercles concentriques, à mesure que l’on s’éloigne de l’individu selon une fonction d’airain exponentielle négative. On construit alors toute une nouvelle géométrie qui permet de déformer les cartes par l’usage de formules de coordonnées (utilisant une homothétie avancée). Si la question de l’espace individuel se pose, on peut aussi envisager le collectif urbain à partir de processus d’agrégation de population et de forme urbaine. La ville est non seulement composée d’individus ayant chacun leur perception, mais aussi structurée par une fonction de répartition de densité de population (Clark généralisé). La perception collective résulte du croisement de ces deux éléments. La géométrie de déformation prend alors une autre dimension multi-individuelle offrant l’image de carte de perception que nous qualifions de chiffonnées. Nous proposons ici, une méthodologie de déformation dans un SIG aidée par le logiciel de C.Cauvin Darcy.

Alejandro GÓMEZ-GONÇALVES, Juan Antonio García González, Jaume Binimelis Sebastían, Isabel María Gómez Trigueros

Les cartes mentales pour mesurer la géo-alphabétisation des étudiants

La géo-alphabétisation est un axe de travail avec une grande tradition. Elle a vu le jour dans la sphère anglo-saxonne dans les années 1980 et 1990 et s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui. La géo-alphabétisation utilise diverses méthodes et techniques, dont les cartes mentales, la capacité à localiser des lieux (lieu, localisation, connaissance) et, enfin, les tests multicritères qui incluent l’identification de lieux et d’autres exercices de géographie physique et humaine. Dans cette recherche, nous avons utilisé les cartes mentales comme outil d’analyse de l’apprentissage de la géographie chez les enseignants espagnols en formation initiale de l’enseignement primaire. Nous avons choisi ce groupe d’étudiants universitaires pour son possible effet multiplicateur, car ils enseigneront la géographie aux futures générations d’enseignants. Notre source de données est basée sur un échantillon de 629 cartes concernant la division politico-administrative de l’État espagnol provenant d’étudiants de quatre universités espagnoles situées dans différentes régions. Les résultats montrent l’incohérence des connaissances des futurs enseignants en fonction du lieu de résidence et du niveau de la structure du pays sur lequel ils sont interrogés. En outre, ces résultats renforcent l’utilité des cartes mentales comme méthode optimale pour évaluer les connaissances géographiques.

Hanène BEN SLAMA

Une réactivation sensorielle à travers les cartes mentales de « David Bond »

Cette conférence expose une lecture fine d’une sélection de dessins insolites, que j’estime représentative des « cartes mentales » de l’artiste Ecossais « David Bond ». Cet artiste représente des scènes urbaines avec trois niveaux de complexité, le premier porte sur les édifices ou la carte de la ville comme trame de fond, le deuxième sur les pratiques usagères et les personnages, et le troisième sur les informations sensorielles et les annotations. Nous avons porté un intérêt particulier à ce travail puisque nous avons trouvé qu’une série d’illustrations pourrait accompagner nos chroniques établies à l’occasion de travaux antérieurs portant sur les ambiances architecturales et urbaines de la place « Beb Bhar » au centre-ville de Tunis. Cette lecture sensible fait ressortir une confrontation entre une transcription mémorielle et une projection symbolique. Notre hypothèse de départ stipule que « David Bond » représente des cartes mentales qui en plus d’offrir une image dynamique et colorée d’un lieu emblématique de la ville de Tunis, permettent, à travers une réactivation visuelle, la sollicitation sensorielle de l’observateur, dans la mesure où il est capable de relater l’ambiance du contexte, d’y voir une dynamique urbaine très riche et de détecter « l’essence du lieu ». Ce travail propose un protocole combinatoire de lecture d’un ensemble de représentations qui : 1. confronte les dessins à la chronique et expose les pratiques usagères lisibles dans le « Ballet de Beb Bhar » 2. s’attarde sur la dimension sensible exprimée et relatée par l’artiste lui-même vis-à-vis d’un cadre socio-culturel qui lui est étrange, vue ses origines 3. rassemble un ensemble de descriptif d’enquêtés exprimant le côté émotionnel et « la mise en récit » de quelques supports.

Laurent BERRY

Relier les données spatiales et temporelles mesurées (data) et des données a-spatiales qui procèdent davantage d’une observation raisonnée (capta)

Les modèles mentaux sont souvent peu ou pas représentés dans les modèles de données. Ils relèvent davantage de données obtenues, cherchées ou d’accomplissements, également désignées en tant que données de l’expérience de conscience (capta, sublata, quoesita), que de données pensées ou prélevées (data). Cependant, il est nécessaire de passer par la restitution de ces données de l’expérience afin de les projeter dans un espace de représentation. En nous inspirant de Richard L. Lanigan qui « propose d’analyser ce qui est apparemment manifeste comme la relation dialectique entre ce qui est pensé (data) et ce qui est vécu comme un flux d’expérience (capta) », nous pouvons envisager une distinction entre données et observations afin de mieux intégrer transcription mémorielle et projection symbolique. Nous explorons les possibilités de lier des données spatiales et temporelles mesurées (data) et des données a-spatiales également souvent atypiques, qui procèdent davantage d’une observation raisonnée (capta). Notre démarche vise à aller vers un guide d’interprétation des perceptions que peuvent être les « capta » afin de les relier aux dimensions spatiales et à la dynamique temporelle de l’expérience dans le cadre par exemple du design pour l’expérience utilisateur (UX). Mots-clés : carte mentale, modèle mental, expérience, représentation, données, capta.

Nicolas CLEMENT et Yvan PAILLER

Les cartes en pierre de la Préhistoire : de l’image mentale à la représentation tridimensionnelle de l’espace

Un certain nombre de gravures préhistoriques à travers le monde sont interprétées comme des représentations cartographiques, celle de Bedolina (Val Camonica, Italie) attribuée à l’âge du Fer étant sans doute la plus connue. De ces œuvres bien souvent abstraites à nos yeux, on en perçoit au mieux les ressemblances formelles. La répétition de motifs et les lignes qui les relient donnent le sentiment d’être confronté à des cartes, bien qu’on peine à en faire la démonstration et que l’échelle de représentation nous échappe le plus souvent. Cela peut s’expliquer par les difficultés de datation de l’art rupestre, notre méconnaissance de l’environnement archéologique, contemporain des gravures, ou des déformations liées plus aux nécessités de la représentation (espaces réels, imaginaires) qu’à des aberrations de l’image mentale. L’examen tridimensionnel d’une probable carte gravée de l’âge du Bronze, découverte à Leuhan (Finistère), offre pour la première fois en Europe l’opportunité de saisir l’échelle de représentation, grâce à la figuration suffisamment précise du relief. À l’instar d’autres pétroglyphes préhistoriques interprétés comme des cartes, elle montre une cartographie orientée selon le réseau hydrographique, mettant à profit le relief du support rocheux, quitte à le modifier, et des motifs interprétables comme des éléments du paysage naturel et anthropique. Ces observations rejoignent des constatations ethnographiques chez des sociétés préindustrielles, sans toutefois permettre de statuer sur les motivations à l’origine de ces supposées cartes préhistoriques.

Xavier BOISSARIE

Esquisse d’une typologie des représentations issue d’un parcours urbain pour 120 marcheurs

Comment « dessiner la carte d’un quartier pour qu’un ami puisse s’y repérer » ? Cet exercice occasionnel constitue le scénario de base des expérimentations de la recherche CORES. Dans le cadre de cette recherche 120 marcheurs explorent un quartier inconnu durant une heure, puis dessinent une carte pour guider la future installation d’une amie dans le quartier. Cet expérimentation qui devrait engager la forme de la carte dessinée vers l’objectivité, a au contraire généré une très grande diversité de représentations de l’espace. Cette diversité manifeste notamment l’importance des espaces de représentations individuelles dans l’élaboration des cartes mentales. Pour comprendre cette importance, nous proposons de produire l’extraction d’un espace de représentation mentale à partir des points suivants. Dans un premier temps, nous construisons une analyse typologique des points de repères composants l’espace d’exploration, selon le référentiel Wikidata, permet d’apprécier leur diversité. Ainsi, les dessins des cartes mentales collectés durant notre expérience présentent des typologies de points de repères plus restreints, comme si l’explorateur appliquait un filtre dans sa perception et sa représentation de l’espace. – Dans un deuxième temps, nous effectuons une analyse sémantique de chaque carte mentale par l’identification de points de repères référencés dans Open Street Map associés à un type issu du référentiel Wikidata. – Dans un troisième temps nous extrayons une carte heuristique bâtie sur un arbre typologique issu du référentiel Wikidata, dont chaque nœud est pondéré par le nombre d’occurrences de points de repères du même type dans la carte mentale étudiée. – Dans un quatrième temps, nous opérerons une analyse sémantique de chaque carte heuristique pour tenter d’identifier un éventuel champ de représentations. – Enfin, nous tenterons d’élaborer une typologie des champs de représentation issu de l’étude entreprise.